Avec ses millions de barils de pétrole produit par jour, l’Afrique constitue aux yeux du monde, une priorité géostratégique. Une manne qui génère des bénéfices et des emplois considérables tant sur le continent que dans le monde.
L’on ne peut parler de l’or noir sur le continent sans penser à des géants de l’Afrique. Le Nigéria, l’Angola, le Soudan, la Guinée-équatoriale, le Congo, le Gabon, constituent la locomotive du continent en matière de production du pétrole. A côté de ces géants, il y a des outsiders tels que le Ghana, la Côte d’Ivoire, le Tchad et le Cameroun qui essaient de tirer leur épingle du jeu. D’ores et déjà, l’Afrique noire, avec plus de 4 millions de barils de pétrole par jour, produit autant que l’Iran, le Venezuela et le Mexique réunis. Selon les statistiques, sa production a augmenté de 36 % en dix ans, contre 16 % pour les autres continents. Le Soudan, qui a commencé à exporter son pétrole il y a six ans, extrait aujourd’hui 186 000 barils par jour. Le Nigeria - premier exportateur africain de brut - a augmenté sa production quotidienne passant de 2,2 millions de barils à 3 millions en 2007, avant de chercher à atteindre le cap de 4,42 millions en 2020. L’Angola, deuxième grand producteur continental, sorti au printemps 2002 de quinze années de guerre civile, devrait, d’ici à cette même date, multiplier sa production par deux et atteindre les 3,28 millions de barils. Durant le même laps de temps, les eaux de la Guinée-Equatoriale, qui détiennent actuellement le record mondial (avec l’Angola) du plus grand nombre de permis de recherche pétrolière en cours, pourraient permettre à ce pays de devenir d’ici à 2020 le troisième producteur africain de brut (devant le Congo et le Gabon) en fournissant 740 000 barils/jour. Le golfe de Guinée, qui compte 24 milliards de barils de pétrole de réserves, devrait ainsi devenir à terme le premier pôle mondial de production en offshore très profond. Enfin, les réserves du continent donnent déjà directement sur la côte atlantique - à l’exception des champs soudanais - en attendant l’oléoduc Tchad- Cameroun qui drainera 250 000 barils de pétrole par jour vers l’Atlantique. La Conférence des Nations unies pour le commerce et le développement (Cnuced) estime les réserves totales du continent à 80 milliards de barils de pétrole, soit 8 % des réserves mondiales de brut et, selon les prospectives du National Intelligence Council américain, les Etats- Unis pourraient importer 25 % de leur pétrole d’Afrique subsaharienne d’ici à 2015 contre 16 % aujourd’hui.
Le Maghreb aussi
L’Afrique subsaharienne ne constitue pas la seule source de production de l’or noir sur le continent. L’Algérie, la Lybie, la Tunisie, l’Egypte produisent des millions de barils par jour. Le Maghreb fait ainsi partie du pôle de croissance de l’Afrique. Nonobstant cet état de fait, il est vrai que la majorité des pays producteurs de pétrole exporte le brut. Cela ne permet pas d’affirmer que le pétrole africain ne profite qu’à l’extérieur. Car, des échanges de produits finis et des dérivés du pétrole profitent non seulement entre pays africains mais aussi, entre firmes nationales du continent, de nos jours. La Côte d’Ivoire, par exemple, qui dispose d’une raffinerie, exporte du produit fini vers les pays de la sous région ouest africaine. De même pour les pays d’Afrique centrale. C’est dans cette logique que s’inscrit le projet de construction d’oléoduc entre le Tchad et le Cameroun. L’option des pays africains de se tourner désormais vers la transformation des produits bruts en produits finis est un acte à saluer. L’on commence à se faire à l’idée que le continent africain ne jouera pas un rôle crucial pour son développement qu’en travaillant à transformer de façon propre et durable ses produits bruts.
Des gisements prometteurs
Prometteurs, les gisements africains présentent également des avantages politiques certains : d’une part, tous les pays, excepté le Nigeria, sont hors de l’Organisation des Pays Exportateurs de Pétrole (OPEP) « que l’Amérique, engagée dans une stratégie à long terme, cherche à affaiblir en la pelant de certains pays émergents ». Mieux, les productions pétrolières africaines sont aujourd’hui à l’abri des embargos des pays occidentaux parce que, mieux exploitées qu’ailleurs dans le monde. D’autre part, comme le souligne M. Robert Murphy, conseiller du département d’Etat pour l’Afrique, ces réserves pétrolières sont essentiellement « offshore... à l’abri d’éventuels troubles politiques et sociaux. Les tensions politiques ou tout autre sujet de discorde dans les pays africains producteurs de pétrole ont peu de chances de prendre une tournure régionale ou idéologique qui pourrait déboucher sur un nouvel embargo ». A la lumière de cette analyse, l’or noir n’est pas une malédiction pour l’Afrique. Il est plutôt une bénédiction qui ne cherche qu’à être nourrie des prières de ses enfants par une exploitation rationnelle et judicieuse des bénéfices de cette bénédiction. Il ne faut surtout pas se lamenter sur le sort de l’or noir africain, il faut surtout se demander, chacun à son niveau, comment puis-je contribuer à faire fructifier cette richesse afin qu’elle profite à mes frères africains. Cette réponse conditionnera le devenir de l’Afrique. Incontestablement.