En dehors des faits marquants de ces derniers mois notamment les effets de la crise économicofinancière dont les derniers avatars sont en Europe l’effondrement de l’Islande, la quasi banqueroute de la Grèce et de l’Irlande, aux Etats-Unis, un taux de chômage particulièrement élevé, la baisse du tonus commercial au Japon, l’antidote conte le protectionnisme chinois et son dumping social (un consensus réalisé par les grandes puissances au sommet du G20 à Londres contre Pékin sur un fond de concurrence acharnée) le sommet climatique de Cancun (Mexique), un événement a pris le monde diplomatico -politique à la gorge : les révélations par le site internet américain WikiLeaks des secrets top secrets obtenues auprès d’un sous gradé de l’armée des Etats-Unis qui travaillait au Pentagone. Il est à l’heure présente sous les verrous inculpé « de vol de documents vitaux pour la sécurité des Etats-Unis ».
Entre autres notes envoyées au département d’Etat par les ambassadeurs américains en poste dans le monde dans lesquelles ces derniers brossaient une image peu reluisantes des hautes personnalités politiques telles Nicolas Sarkozy, Angela Merkel ou Silvio Berlusconi, il en a existé d’autres qui analysent, avec le parler vrai que seule permet l’estampille secrète, des situations géo - politiques d’importance. Celles relatives à l’Afrique dans le site devenu soudain la référence insoupçonnée des grands journaux dont « Le Monde » » de Paris ou l’américain « New-York Times » constituent certes un pavé dans la mare d’un continent dont le redressement s’amorce mais que les révélations de WikiLeaks sur la base des rapports diplomatiques secrets du département d’Etat refroidissent les plus optimistes, sur le plan politique du moins. On y apprend notamment que « Washington s’inquiète de la montée de la corruption et redoute une instabilité générale du Sénégal ». Dans le télégramme diplomatique américain obtenu par WikiLeaks, ce pays est décrit « comme une démocratie faiblissante » dominée par le président Abdoulaye Wade et son fils Karim. Les deux hommes forts sont accusés de davantage s’occuper d’ « ouvrir la voie à une succession dynastique » que de traiter les problèmes urgents du pays. Le fils du vieux président est présenté comme un personnage sulfureux et toujours selon Washington « Wade réalise que ni lui ni Karim ne peut gagner en 2012 sans une fraude massive » (1)
Info ou intox ?
Quant au Gabon, le pays en prend pour son grade lorsque les mémos américains donnent une lecture très underground du dernier scrutin présidentiel : rembourrage des urnes, corruption par l’argent et tutti quanti. Information ou intox, nul ne le sait. En tout état de cause, l’Afrique n’a plus besoin, comme c’est effectivement le cas des derniers évènements de Côte d’Ivoire et des déclarations récentes du président soudanais qui jettent l’anathème sur un éventuel succès au référendum d’autodétermination du sud-Soudan, que des contre-exemples viennent anéantir les efforts gigantesques fournis, malgré tout, par les Etats sur le plan économique et social. En réalité, ces révélations fondées ou non, ne recoupent rien de nouveau en matière de lutte souvent inégalitaire entre ceux qui veulent exercer réellement leur souveraineté sur les territoires gorgés de richesses qui leur appartiennent et des puissances étrangères qui veulent les en empêcher. En l’occurrence, la tragédie actuelle en Côte d’Ivoire n’est pas seulement la résultante d’un imbroglio géopolitique où percent les velléités de boulimie pour le pouvoir d’un clan contre l’autre. C’est aussi et surtout l’action des réseaux mafieux ou officieux qui opèrent, agissant parfois sous le couvert des Etats plus puissants situés à l’extérieur de l’Afrique dont les intérêts particuliers priment toutes autres considérations. Ils appliquent à la lettre la maxime : « les Etats n’ont pas d’amis, ils n’ont que des intérêts » de Klemens prince de Metternich, homme d’Etat autrichien (1773 – 1859). Dans la constellation africaine en rapport avec le leurre qui caractérise les relations entre les forts et les faibles, les premiers arrivent souvent à amadouer les seconds en leur faisant croire qu’ils sont égaux. Mais généralement ce sont les puissants qui prennent l’initiative de la rupture. Un clin d’oeil intéressant à la France – Afrique. Dans les soubresauts qui ont jalonné la décennie des indépendances, la France a usé tout simplement du stratagème des Grecs devant le siège de Troie « Je crains les grecs même quand ils me font des cadeaux » - Timeo Danaos et dona ferentes en latin de Virgile. Ce fut une manière de revenir sur les pays anciennement colonisés par d’autres voies quand, à l’évidence, ce retour coïncidait avec la découverte des gisements pétrolifères ou d’autres minerais en principal l’uranium. En fait, la France – Afrique a été plus une affaire de réseaux qu’autre chose. Cette stratégie affleurait les intérêts personnels des leaders sortis des laboratoires politiques parisiens et dont les tendances petites bourgeoises étaient loin de recouper les besoins réels des masses populaires. Aujourd’hui Monsieur Nicolas Sarkozy parle de rupture au sujet de la France-Afrique, en un mot le lâchage des responsables de ce qui était le pré-carré français en Afrique. Beaucoup parmi ces privilégiés du système étaient si sûrs de leur situation qu’ils n’ont pas vu venir le coup. Une note de Wikileaks finit de leur remonter les bretelles en montrant comment les Américains ont joué des mains et des pieds pour pousser Nicolas Sarkozy dans une direction qu’il brandissait comme un épouvantail alors qu’en lui-même il ne chercherait plus que des opportunités conformes aux intérêts de son pays. Belle leçon de vie pour les derniers Oncles Tom de l’Afrique indépendante.
Eviter de mauvais exemples
Pour l’année 2010, tout doit être mis en oeuvre par les Etats pour éviter de mauvais exemples qui nourrissent l’afro-pessimisme dont les thuriféraires mènent un combat d’arrièregarde face à la détermination d’une élite qui a pris conscience d’elle-même. Elle se manifeste à tous les niveaux de prise des décisions et des connaissances. A l’exemple du 8ème Festival Etonnant voyageurs de Bamako qui s’est tenu du 22 au 28 novembre dont le grand thème a été l’Afrique francophone cinquante ans après les indépendances. A Bamako, les participants ont longuement débattu de la démocratisation tandis que toute l’Afrique de l’Ouest attendait les résultats des élections en Côte d’Ivoire. Il y avait surtout la culture qui inaugure l’Afrique de demain avec des grandes villes mondialisées et métissées. Ce parti-pris de développement intégral de l’homme africain passe immanquablement par le concept du donner et du recevoir. Il faut chercher à s’ouvrir aux autres mais il faut avoir les reins solides pour pouvoir exprimer sa différence. L’écrivain Congolais de Brazzaville Alain Mabanckou a bien traduit ce point de vue lors du Festival de Bamako dans une contribution d’une haute portée politique, philosophique et littéraire. Il dit entre autres choses : « Un être indépendant est d’abord et avant tout celui qui a choisi de se définir lui même et, par voie de conséquence, d’assumer cette définition »…
(1) « Le monde » du 11 décembre 2010