Article publié le 2013-06-21 par Par Anthony Vercruisse Dossier
Dossier pôle de croissance en Afrique / Des pays seront au rendez-vous de la croissance [06/07-2013]
Vente de riz à Bagré © Sputniktilt

Les pôles de croissance se positionnent comme une référence pour les pays africains depuis quelques années. Appuyés par la Banque mondiale, une dizaine de pays africains ont été identifiés pour expérimenter différents projets de pôle de croissance. Entre autres, la Côte d’Ivoire, le Burkina Faso, la Gambie, le Mozambique, la RD Congo, Madagascar et le Cameroun. Quelles peuvent être les opportunités d’investissements qu’offrent ces États ? Quels sont leurs secteurs porteurs ? Quels sont les coûts des investissements à opérer pour faire de ces États de véritables pôles de croissance ? Décryptage.

Les pôles de croissance constituent des locomotives pour booster la compétitivité des pays sur le plan mondial. Réunissant en un même espace de nombreuses entreprises créant de la richesse et de l’emploi, les pôles de croissance constituent l’une des solutions au développement rapide du continent. Dans certains pays, l’expérience est en train d’être menée et les résultats tant attendus promettent. C’est le cas des pays comme le Burkina Faso, la Gambie, la RD Congo, le Cameroun, Madagascar, le Mozambique, pour ne citer que ceux-là.

Bagré en expérimentation au Burkina Faso

Le premier pôle de croissance lancé au Burkina Faso est celui de Bagré. Bagré est une commune rurale située à plus de 200 Km de Ouagadougou la capitale. Grâce à son barrage hydroélectrique, une multitude d’activités se sont greffées autour de ce lac. Il s’agit, entre autres, de la culture du riz, de la pisciculture, de la pêche, de la transformation et la vente des aliments de bétail et du poisson, de l’étuvage et la mise en vente du riz, etc. La zone de Bagré a été sélectionnée pour abriter le premier Pôle de croissance du pays, prévu dans la Stratégie de Croissance Accélérée et de Développement Durable (SCADD) 2011-2015. De ce fait, le développement du Pôle bénéficie de l’implication effective du gouvernement. Mieux, la Banque Mondiale appuie également ce projet à travers un financement de 115 millions de dollars US, qui vient complémenter plus de 200 millions de dollars US déjà investis par le gouvernement dans la région. Cette zone de Bagré regorge de potentialités énormes en termes de capacités agro-sylvo-pastorales. Elle dispose d’environ 60.000 ha de terres irrigables, dont environ 7.400 ha par irrigation gravitaire. Le périmètre a été déclaré «Zone d’Utilité Publique», ce qui sécurise l’accès des investisseurs pour des baux de 99 ans. Le barrage de Bagré d’une capacité de 1,7 milliard de m³ assure l’approvisionnement en eau et en électricité (16 MW, extension prévue) de la zone. La région bénéficie en plus d’une pluviométrie de 950 mm entre juin et octobre. Véritable poumon économique, BagréPôle offre des avantages énormes. En effet, il s’agit de contribuer à l’accroissement de l’activité économique par l’augmentation de l’investissement privé, la création d’au moins 30.000 emplois et la hausse de la production agricole de 157.000 à 450.000 tonnes. La vision de développement de Bagré s’exprime en termes d’ambition de faire de ce Pôle une zone économique spéciale et un modèle exemplaire de croissance, par la valorisation optimale de ses potentialités. C’est ainsi que lors de la 1re conférence des investisseurs, le directeur général de BagréPôle, Issaka Kargougou, a signifié que les investisseurs nationaux et internationaux ont été convaincus que BagréPôle était une destination compétitive pour leurs investissements, bénéficiant du support d’un gouvernement mobilisé, avec des interlocuteurs compétents et professionnels. ‘’Les investisseurs locaux ont eu la conviction que BagréPôle est une opportunité d’investissements équitablement accessibles aux investisseurs nationaux et internationaux, dont la croissance sera alimentée par le dynamisme du secteur privé’’, a affirmé M. Kargougou. A l’heure actuelle, les premiers attributaires de parcelles cultivables ont débuté l’exploitation des superficies mises à leur disposition. Certains ont commencé la mise en valeur de leur propriété. Il ne s’agit pas encore des grands producteurs ou agrobusinessmen qui viendront booster la production, mais de ceux que les responsables de la Maîtrise d’Ouvrage de Bagré (MOB) appellent les «petits producteurs». Prévu pour durer de 2011-2017, le Projet pôle de croissance de Bagré va aider à améliorer les conditions de vie des populations burkinabè, en particulier celles de la région du Centre-Est. Dans le but de renforcer les capacités des producteurs pour une meilleure productivité, ces derniers ont bénéficié de multiples formations sur les techniques agricoles et la gestion des infrastructures hydrauliques. Outre le marché intérieur du Burkina Faso qui offre d’importants débouchés, on trouve également les marchés des pays limitrophes, notamment ceux du Ghana, du Togo, du Niger et du Bénin. C’est au regard de ces aspects avantageux que le Projet pôle de croissance de Bagré est porté par de nombreux acteurs dont l’État, la Banque mondiale, les investisseurs privés.

Cameroun, l’émergence dans la ligne de mire


Le pays du Président Paul Biya envisage d’être émergent en 2035. Pour y parvenir, le Cameroun a identifié des niches de croissance. Ces niches de croissance permettront au pays de se faire une place au soleil. Une estimation sommaire montre que cet engagement volontariste exige une création supplémentaire de richesses de l’ordre de 2.200 milliards de F CFA en moyenne par an sur la période 2010-2020 dans le secteur non pétrolier de cette économie. A titre de rappel, la richesse supplémentaire actuelle créée par an est de l’ordre de 1.000 milliards de F CFA dans ce secteur. Dans la même optique, le taux d’investissement plafonne actuellement à 19% du PIB dont 16,1% pour l’investissement privé et 2,9% pour l’investissement public. Avec les investissements programmés dans les projets structurants, l’investissement public devrait passer à 3,9% du PIB en 2012 et se stabiliser autour de 5,5% jusqu’en 2015. Alors que le Document de Stratégie pour la Croissance et l’Emploi (DSCE) cadre assez bien la programmation des investissements publics, pour atteindre le niveau requis de 25% nécessaire à la réalisation d'une croissance soutenue et durable, il faudrait parallèlement que l’investissement privé soit porté à environ 19,5% du PIB. Cela suppose que les conditions idoines doivent être aménagées pour permettre le doublement de l’effort supplémentaire d’investissement annuel privé, afin de la porter à environ 520 milliards par an (au lieu de la moyenne de 200 milliards sur laquelle on table actuellement pour la période 2011-2013). En matière d’emploi, les défis ne sont pas les moindres. Pour atteindre un objectif convenable d’insertion de 100.000 à 150.000 nouveaux demandeurs d’emplois en moyenne par an au cours des prochaines années, les seules solutions susceptibles d’être pertinentes doivent viser des modifications structurelles du système organisationnel et de l’appareil de production. Outre les mesures ponctuelles qui peuvent être envisagées dans le cadre de projets spécifiques, il est indispensable d’accélérer les réformes qui permettront une nette amélioration de l’environnement des affaires, un renforcement significatif du système de formation professionnelle et une amélioration sensible de l’efficacité du marché du travail. La promotion de l’entreprenariat et de l’auto-emploi devrait également faire l’objet d’une plus grande attention dans une optique de vulgarisation de la culture d’entreprise et du goût du risque entrepreneurial.

Des domaines porteurs

Au Cameroun, de nombreux domaines constituent des opportunités pour accroître les investissements. Les activités de 1re et de 2e transformations du bois figurent parmi les branches d’activité avec un fort effet d’entrainement sur l’économie. Il s’agit notamment de la fabrication du papier et des articles en papier, l’industrie du bois et la fabrication des meubles, pour lesquelles une augmentation de la production est au final presque triplée dans l’économie réelle. Leur développement permettra de tirer un meilleur profit de la sylviculture qui, aujourd’hui, est le 2e contributeur aux recettes d’exportation du pays. La construction (BTP) et les activités des restaurants/hôtels dont les effets sur la production seraient importants, en comparaison avec les autres services, sont à envisager. Ce sont d’ailleurs les seules activités n’appartenant pas au secteur secondaire à figurer parmi les 10 premiers secteurs aux effets les plus élevés sur la production. Les agro-industries affichent également des effets relativement élevés sur la production, notamment l’industrie des boissons, l’industrie de transformation du cacao, du café et du thé et l’industrie de production du sucre. Les autres industries composées notamment des industries chimiques et de fabrication de produits chimiques (engrais, détergents, savons, etc.), de production de caoutchouc et de matières plastiques et de fabrication de produits métallurgiques complètent le peloton de tête. Au niveau du secteur primaire, l’agriculture industrielle et d’exportation serait la plus génératrice de richesses, avec un multiplicateur avoisinant le double. Suivant cette approche basée sur la valorisation des effets d’entraînement, les grands projets d’infrastructures en particulier occupent une place centrale. La construction des 4 infrastructures de transport et des barrages hydroélectriques, ainsi que les nombreux projets routiers (entrées est et ouest de la ville de Douala, 2e pont sur le Wouri, boucle autoroutière Douala-Yaoundé-Bafoussam) sont déterminants pour le pays, ses populations et pour l’ensemble des acteurs économiques sur lesquels ils auront un impact fondamental. Le nouveau plan directeur d’urbanisme de Douala, métropole économique, se révèle une niche de croissance à travers ses principaux projets qui sont : l’aménagement d’une zone logistique intégrée, la création d’un centre des affaires moderne sur le plateau Joss, d’un centre des loisirs et d’un centre des expositions. Sont prévus également la construction d’un troisième pont et d’une voie de contournement de la ville de Douala. Il est dès lors nécessaire que le secteur privé national, acteur majeur du développement économique, se mette aux côtés du gouvernement pour impulser cette dynamique et en tirer le meilleur parti, aussi bien pendant la mise en œuvre que pendant l’exploitation de ces projets structurants.

La Gambie veut développer l’agriculture et l’alimentation

La Gambie a décidé de développer les secteurs liés à l’agriculture et à l’alimentation. Le Programme mondial pour l’Agriculture et la Sécurité alimentaire (GAFSP) est un mécanisme multilatéral qui vise à aider à traduire dans les faits les engagements pris par les dirigeants du G-8 à Pittsburgh en 2009. Son but consiste à accroître le soutien en vue d’aider les pays en développement à faire reculer la pauvreté et à améliorer les moyens d’existence en milieu rural et la sécurité alimentaire par des actions visant à renforcer la productivité agricole, relier les agriculteurs aux marchés, réduire les risques et la vulnérabilité, améliorer les moyens d’existence non agricoles en milieu rural et fournir de l’assistance technique. Dans cette perspective, le gouvernement gambien a soumis sa proposition de financement dans le cadre du deuxième appel à propositions et un montant de 28 millions de $ US a été approuvé par le Comité de pilotage du GAFSP en mai 2012. Dans le cadre de l’approbation, la Banque a été désignée en tant qu’entité de supervision des activités d’investissement et un montant de 26,6 millions de $ US lui a été affecté aux fins de gestion au nom de l’État gambien. Le solde de 1,4 million de $ US a été affecté à l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) en tant qu’entité de supervision des activités d’assistance technique. Le Projet de développement du secteur de l’alimentation et de l’agriculture (FASDEP) vise à réduire la pauvreté des ménages ruraux, l’insécurité alimentaire et la malnutrition (résilience des parties prenantes) grâce à l’accroissement de la production et de la productivité et de la commercialisation agricoles. Les principales réalisations profiteront aux groupes vulnérables que sont les femmes et les jeunes (environ 88 % des bénéficiaires), en réduisant les obstacles à la production et à la productivité agricoles. Le projet permettra également de protéger de manière durable les ressources naturelles ; de promouvoir un environnement du secteur privé axé sur le marché et de favoriser les activités de commercialisation des petits exploitants agricoles ; et de garantir l’amélioration de la sécurité alimentaire et de l’état nutritionnel des groupes et ménages vulnérables. Les principaux produits du projet comprennent l’accroissement de la production et de la productivité agricoles. Le FASDEP sera exécuté sur une période de cinq années dans trois régions administratives couvrant quatre régions agricoles, à savoir la région de Central River-North (CRR-N), la région de Central River-South (CRR-S), la région de Lower River (LRR), et la région de West Coast (WCR), où la pauvreté et l’insécurité alimentaire sont très endémiques par rapport aux autres régions de la Gambie. Le coût total du FASDEP s’élève à 27,3 millions de $ US, dont 26,6 millions de $ US seront financés par le GAFSP et 0,7 million par le gouvernement, y compris des contributions en nature. Le nombre total des bénéficiaires du projet est estimé à 240.000 dans les régions cibles, dont 150.000 femmes et 30.000 hommes, les 60.000 restants étant des jeunes actifs. Ceci représente également un total de 30.000 ménages bénéficiaires (à raison de 8,3 membres par ménage), soit environ 42 % de l’ensemble des ménages dans la zone du projet et environ 20 % de la population agricole. Le ministère de l’Agriculture sera l’organe d’exécution du projet, la mise en œuvre effective étant assurée par le personnel dédié travaillant au sein d’une Cellule d’Appui au Projet (CAP). La coordination et la supervision générales relèveront de l’Unité centrale de coordination des projets (CPCU) du ministère de l’Agriculture, qui verra ses capacités renforcées en vue de jouer efficacement ce rôle.

En définitive les pôles de croissance constituent une aubaine pour les pays africains. Dans leur exécution, il s’agit de faire en sorte que les bénéfices de ces investissements profitent aux couches les plus défavorisées pour réduire considérablement la pauvreté.