Article publié le 2011-01-20 par Par Cyrille Momote Kabange Chronique
Réchauffement Climatique Est-il encore temps de renverser la vapeur ? [12/2010]
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L’écologie est, selon le dictionnaire Larousse, la partie de la biologie qui étudie les rapports des êtres vivants avec le milieu naturel. Une autre définition généralement utilisée est l’écosystème qui veut dire : ensemble des êtres vivants et des éléments non vivants d’un milieu qui sont liés vitalement entre eux. On pourrait de ce pas aller de définition en définition, escalader l’Everest pour y contempler les lignes d’horizon bleutées, la blancheur immaculée des sommets de l’Himalaya et la manière dont la beauté du monde s’y reflète. Puis voir combien la nature mérite d’être protégée. Pour une raison très simple : tout se tient, l’animé et l’inanimé ;

La nature est cette totalité telle que certains philosophes (les panthéistes notamment) y mettent Dieu en personne. Beaucoup osent croire qu’il s’agit de cela mais d’autres ne démordent pas des positions rationalistes où la matière est seule en cause, prenant origine à peu près par hasard. Certaines équations physico- mathématiques tendraient même, selon les tenants de cette opinion, à le prouver. La sacralisation de la nature ou l’inverse sont aujourd’hui à la traîne. On aurait sans doute tort de confiner ces prédicats au plan des simples concepts sous prétexte qu’ils ne recoupent plus un conflit fondamental.

En effet, les seules rares régions du monde où la nature a gardé tous ses droits sont celles où vivent ceux qu’on affuble ordinairement de l’épithète primitifs, ceux-ci évoluant sur des surfaces encore vierges de toutes exploitations ou industries polluantes. Du reste ces espaces se rétrécissent comme peau de chagrin. Leurs propriétaires qui veulent conserver des traditions ancestrales dans lesquelles la terre, les arbres et tous les êtres présents dans la nature ont une place centrale et font ainsi partie de leur cosmogonie, luttent depuis longtemps, pied à pied contre les prédateurs rationalistes, matérialistes et amoraux.

APOLLON ET PROMETHEE

C’est en quelque sorte le conflit permanent ente ceux que l’anthropologie considère appartenir à la culture apollinique et d’autres qui sont plutôt prométhéens. Les premiers cherchent l’harmonie avec la nature au travers des pratiques culturelles d’où percent des motivations d’ordre religieux et artistique. Ce qui correspond aux attributs du dieu grec Apollon (Beauté, Arts et Divination). Les seconds rappellent Prométhée, fils de Zeus. Celui-ci déroba le feu du ciel et le donna aux hommes. Une espèce de raté, rebelle et effronté. Il le paiera de sa vie. Ce n’est pas le seul personnage de la mythologie grecque à subir un supplice de la part de Zeus, mais lui ce fut par la pire des façons : il fut callé contre le versant d’une colline et vit son foie dévorer par les oiseaux de proie. Pourquoi une si cruelle punition ? Les grecs anciens comme tous les hommes depuis l’aube des temps ont érigé comme vertu majeure la soumission à l’ordre des choses c'està- dire à la force. La nature évoque une force dont les connexions intimes entrelacent nos vies sans que nous ne sachions comment et pourquoi ; « On ne commande la Nature qu’en lui obéissant » écrivait au XVIe siècle, le philosophe et chancelier anglais Francis Bacon.

Aux XXe et XXIe siècles, les amarres ont longtemps été rompues aves les traditions, particulièrement en Occident. Principalement dans l’agriculture. La révolution industrielle étant passée par là, le besoin de promouvoir des sociétés qui utilisent des techniques agricoles ancestrales sans se fermer aux progrès nécessaires, selon une méthodologie évolutive, n’est plus ressenti. Seul compte désormais le volet quantitatif qui caresse bien, d’une part, les envies boulimiques des populations en croissance exponentielle en même temps que l’illusoire promesse de vie meilleure quand bien même l’impact sur la nature serait désastreux. D’autre part le système mis en place qui permet le surprofit des multinationales industrielles, multiplie les besoins fictifs et le cercle infernal est bouclé. L’agriculture chimicalisée à laquelle on a confié les moyens d’un fonctionnement optimal dans une logique purement commerciale (la loi de l’offre et de la demande) est le pivot de ces échanges où la qualité fut botte en touche. La nourriture bourrative tient lieu d’alimentation car il fut tout de même un temps où « manger pour vivre » pouvait être un art de vie, loin de « vivre pour manger » des goinfres romains.

D’autres filières industrielles ont emboîté le pas à l’agriculture et ont décuplé les occasions de polluer dans un écheveau où les unes et les autres interfèrent efficacement. Voilà une base de réflexion qui peut interpeller ceux qui pensent encore (les climato sceptiques ont la vie dure) que les hommes ne sont pas responsables du réchauffement de la planète.

L’ETAT DES LIEUX

« C’est durant les cent dernières années que l’espèce humaine a entamé le processus qui menace aujourd’hui sa survie » (Grégoire Combaire – La Libre Belgique du 2 septembre 2010). Le photographe français Yann Arthus Bertrand s’est fendu d’un documentaire cinématographique sur l’état de la planète qui était impressionnant par la qualité des images et la précision avec laquelle chacun des plans du film induisait les dégâts occasionnés a des forêts, cours d’eaux, calottes glaciaires à cause de la pollution atmosphérique par des grandes industries manufacturières, énormes consommatrices de pétrole dont la combustion occasionne des émanations dans notre biosphère, des quantités astronomiques de gaz à effet de serre. Ils contribuent à encastrer la formation des couches d’ozone, ce qui fragilise l’écran protecteur le plus proche de la terre contre les rayons toxiques (bêta ou gamma). Le réchauffement climatique observé est, parmi d’autres causes, le résultat de ces mauvaises habitudes de l’homme. Ce ne sont pas seulement les actions à l’échelle industrielle qui sont à prendre en compte. Les molécules de CO² (oxyde de carbone) s’échappent de multiples activités de la vie quotidienne « pour rejoindre lentement l’atmosphère et accentuer ainsi le phénomène de l’effet de serre ».

DE L’EXISTANCE DU GRIEC

Dans les années 90 et même quelques années auparavant la diplomatie mondiale s’est mise en branle pour conjurer un sort qui n’est peut être pas fatal à l’humanité. Mais la force de l’inertie s’est imposée dans la mesure où les plus grands pays polluants sont le mêmes qui disposent de moyens économiques et stratégiques qui leur permettent d’emporter la décision. Un cas d’école est celui du protocole de Kyoto (ville japonaise où un accord cadre a été signé sur le climat). Alors que des gouvernements ainsi que de grands groupes de pression avaient réussi cette mobilisation des esprits. Nonobstant, des pays parmi lesquels la Chine et les Etats-Unis refusèrent de s’y engager. Ce n’est pas tout à fait un fiasco puisque une sorte de permis sert depuis Kyoto de système à volets compensatoires.

En revanche les bonnes intentions éveillées par Kyoto pour une avancée rapide dans la réduction de gaz à effet de serre ont été contrariées au point qu’une nouvelle conférence de la même envergure a été convoquée en 2009 à Stockholm (Suède). Cette fois-ci tous le pays y ont été présents. Mais une fois de plus, une seule décision politique comme le déblocage de 30 milliards de dollars pour la lutte contre le réchauffement climatique y est apparu au milieu des discours et autres résolutions. Devant la faiblesse des réponses à cette réalité complexe de la crise climatique, une réalisation sort la tête de l’eau. C’est le groupe intergouvernemental d’experts sur l’évolution du climat (Griec) créé en 1988 à la demande des pays du G8, « il fournit régulièrement aux gouvernements une évaluation des connaissances sur l’influence humaines des activités humaines ». Chaque rapport se décompose en trois volets. Le premier traite de la science stricto sensu et prévoit notamment l’ampleur du réchauffement possible d’ici à la fin du siècle. Le deuxième évalue les impacts prévisibles de réchauffement région par région et la troisième dresse l’inventaire des moyens possibles pour atténuer ces effets. Ces textes sont écrits par plusieurs centaines d’auteurs choisis au sein de la Communauté scientifiques et bénévole (Stéphane Foucart – Le Monde du 1er septembre 2010).

L’intérêt majeur de cette structure est qu’elle apporte une caution scientifique aux arguments qui, autrement, passeraient pour catastrophiques. Certains climato septiques ont pris prétexte d’une erreur dans le contenu d’un texte relatif à la disparition des glaciers en 2035 pour discréditer le Griec.

EST-IL ENCORE TEMPS DE RENVERSER LA VAPEUR ?

Une autre possibilité qui laisse un certain espoir est l’émergence de l’écologie comme fait politique important. Le parti écologiste marque sa présence au sein des instances des Etats du monde. Sauf si les militants se complaisent dans des attitudes dogmatiques et réductionnistes, l’écologie garde un ascendant d’autant plus nécessaire dans les affaires du monde que la problématique de la préservation de l’environnement et de la biodiversité se confond avec celle de l’espèce humaine.

Mais revenons sur terre. Beaucoup reste à faire. Prenons pour preuves quelques chiffres : les émissions de gaz à effet de serre responsables du réchauffement de la planète trouvent leur origine dans nos assiettes. La consommation quotidienne de viande dans le monde représente en termes d’émission de Co² l’équivalent du déplacement en avion de 90 millions de personnes entre New York et Los Angeles. En 60 ans, le volume des engrais minéraux utilisés pour fertiliser les champs a été multiplié par cinq. Or, les nitrates génèrent un gaz à effet de serre (le N²O) dont le pouvoir radiatif est 310 fois supérieur au CO². Pour réduire son empreinte carbone, rien de tel en Belgique que l’isolation de son logement. Près de 60% des émissions de CO² d’un ménage belge proviennent en effet du chauffage de son habitation. Ces données extraites du journal « Le Soir » du 2 septembre 2010 montrent combien l’homme s’il ne doit pas désespérer, pourrait néanmoins opérer une véritable remise en question de ses conceptions sur l’avoir et d’autres notions telles le progrès et la croissance. Est-il encore disposé à revenir à l’être ? That is the question.