Article publié le 2011-07-23 par Par Innocent Traoré Dossier
Pêche / COMMERCE, PISCICULTURE ET AQUACULTURE - une bonne dose de mélange bénéfique [06/2011]
Marchand de poisson en Gambie © Funky Chicken

Le poisson et les fruits de mer sur le continent sont produits non seulement pour la consommation mais aussi pour le commerce, l’élevage et des activités diverses. En Afrique, certains pêchent pour vendre, d’autres élèvent pour les mêmes objectifs. Et, chacun y gagne.

Au Mali, pays situé en Afrique de l’ouest, la pisciculture et l’aquaculture sont des sources de revenus importantes pour les populations. Avant d’entrer dans les détails, des précisions s’imposent quant aux définitions des termes pisciculture et aquaculture. Selon le Robert, l’aquaculture est l’élevage d’espèces aquatiques en vue de leur étude ou de leur commercialisation. Quant à la pisciculture, le même dictionnaire le définit comme l’ensemble des techniques de production et d’élevage des poissons. On le voit, à travers ces deux définitions des termes se recoupent sans se confondre avec souvent une toute petite différence. L’essentiel est de coller ces termes à la pratique en Afrique avec ses conséquences sur la commercialisation des poissons. Précisément pour l’aquaculture, le secteur peut, en gros, être divisé en deux catégories : l'aquaculture à petite échelle, basée dans les communautés, promue par les organisations internationales, les agences d'aide et les gouvernements afin de lutter contre la pauvreté et d'améliorer la situation en matière d'approvisionnement nutritionnel ; et l'aquaculture commerciale, financée essentiellement par le privé et orientée vers les marchés d'exportations. Les marchés locaux, qui jusqu'à présent ont été approvisionnés surtout par une aquaculture à petite échelle, sont probablement très sous-estimés. Il y a une demande croissante dans la région (Afrique de l’Ouest) pour le poisson et les produits de la mer, et de nombreux marchés sont prêts à payer un bon prix. En fait, pour de nombreuses opérations, les marchés africains représentent une meilleure option en termes de rentabilité. Ainsi, depuis 2007, le programme a réalisé des plans d'eau dans 11 communes des régions de Koulikoro et Ségou. Résultat : ces localités ont produit plus de 30 tonnes de poissons en deux ans. En effet, dans de nombreux pays africains, la pisciculture commence à s’installer comme une source sûre de bénéfice. On peut citer le Mali, le Burkina Faso, le Sénégal, la Gambie, etc. Au Mali, le commerce des poissons élevés a rapporté d’importants bénéfices à ses promoteurs. Les plus grands volumes produits, en termes d’espèces, incluent les tilapias, les mulets, les carpes et les poissons chat. Cette pratique permet d’améliorer le quotidien des ménages en milieu rural, en leur apportant une source de revenus pour peu d'investissements. Grâce à la combinaison de la pisciculture artisanale avec les méthodes améliorées, les 14.000 habitants de la commune rurale de Tamani au Mali, ont enregistré une forte baisse du taux de pauvreté. Par exemple, pour un investissement de 1,5 million de F cfa (environs 2290 euros), une collectivité locale peut être dotée d'un étang piscicole et de viviers pour l'empoissonnement des plans d'eau.

Des producteurs exemplaires

En 2008, 8,5 tonnes de poissons ont été pêchées dans les 14 étangs piscicoles du village de Monipébougou. La vente de ce produit, a rapporté 3 millions de Fcfa au village. Matomo a produit 3 tonnes de poissons dans 4 étangs pour une valeur marchande de 1 million de Fcfa. Les 6 étangs du village de Soya ont fourni 9 tonnes de poissons pour une valeur de 4 millions de Fcfa. La pêche est une activité économique très importante au Mali. Elle occupe 7% de la population et constitue 4% du produit intérieur brut (PIB). La raréfaction des ressources poissonneuses dans le fleuve devient cependant préoccupante. Face à cette situation, la pisciculture représente une intéressante alternative. Le département est donc déterminé à utiliser tous les plans d'eau se prêtant à l'aquaculture. La ferme piscicole de Bakary Londy et Jafar Diarra, est un exemple réussi. Elle est installée à une trentaine de km de Bamako, dans la commune rurale de Baguinéda. Fruit de la coopération avec la FAO dans le cadre du "Téléfood", la ferme comprend 3 étangs de 15 m x 80 m, 15 m x 60 m, 3 m x 20 m. Ces pisciculteurs produisent 1,5 tonne de poissons par an. La vente des produits leur rapporte comme bénéfice la somme de 700.000 Fcfa (environ 1200 euros), selon les comptes de la ferme. La ferme de Richard Toé est située à Banco à 30 km au sud-ouest de la ville de Bamako. Cet ami de la terre est un gros bonnet de la pisciculture. Cet ancien fonctionnaire dispose de 3 étangs de 20 m x 20 m et d'un étang de 20 m x 10 m. Il élève essentiellement de la carpe (Tilapia). Son activité est très porteuse. Mais son bonheur ne réside pas dans les revenus pécuniaires. Il tire une joie immense à satisfaire le besoin alimentaire des populations.

Un commerce florissant

Le commerce des poissons récoltés de l’aquaculture et de la pisciculture emprunte souvent les mêmes canaux et voies que les poissons capturés dans les plans d’eaux. La plus grande partie des produits halieutiques transformés sont acheminés par routes, dans des camions, des pick up bennes, des véhicules de transport de passagers, des taxis et à mobylettes. Le choix dépend de la distance, du volume de chargement, des coûts et s’il s’agit d’une zone rurale ou urbaine. Le transport par voie fluviale est très populaire également sur le lac Volta et le fleuve Niger. Ce qui est frappant, c’est la faible utilisation du transport ferroviaire dans certaines régions. A part la ligne Abidjan-Ouagadougou, ainsi que certaines connections ferroviaires au Togo, ce moyen de transport est moins présent dans la commercialisation du poisson transformé en Afrique de l’Ouest. La distribution des produits de la pêche artisanale dans la région constitue une activité importante incluant plusieurs milliers de commerçants, des femmes pour la plupart. Tandis que cette activité sert à des fins sociales telles que fournir de la nourriture aux familles des commerçants, son objectif premier est économique, à savoir, générer un revenu.

Les principaux circuits commerciaux en Afrique de l’Ouest

Ghana---) Togo - - -) Bénin---) Nigeria, pour le poisson fumé et l’anchois séché
Gambie - -) Ghana pour les ailerons de requins séchés
Gambie - -) Guinée pour les produits fumés et fermentés
Mali - -) Burkina Faso, Côte d’Ivoire et Niger pour les poissons d’eaux douces fumés
Côte d’Ivoire - -) Burkina Faso pour les poissons fumés.