Avec ses énormes réserves d’uranium, l’Afrique a un précieux carburant à faire valoir dans l’industrie nucléaire et civil du monde entier. Et, ce n’est pas rien.
De la République démocratique du Congo (RDC) au Niger en passant par la Namibie, les réserves d’uranium en Afrique font le bonheur des Africains et du monde entier. Avec ses millions de tonnes produit chaque année, l’Afrique se positionne comme un géant du minerai dans le landerneau économique de la planète. Véritable pourvoyeur d’emploi, les mines d’uranium en Afrique constituent une richesse inestimable pour les pays. Le complexe minier d’Imouraren au Niger devrait à terme représenter la plus importante mine d’uranium à ciel ouvert d’Afrique (la deuxième au monde). La production, prévue pour durer plus de 35 ans, atteindra à terme 5 000 tonnes par an et permettra au Niger de se placer au deuxième rang mondial des pays producteurs d’uranium en doublant sa production actuelle. L’exploitation du site d’Imouraren requiert un investissement initial de plus de 1,2 milliard d’euros et devrait créer près de 1 400 emplois directs. En Namibie, les mines s’ouvrent à tour de bras. Avec une production 2009 (5 429 tonnes d’uranium métal - tU) en hausse de 6 % par rapport à 2008 et des projets de mines dans ses tiroirs, la Namibie continue de grimper à l’échelle des principaux producteurs mondiaux. Les projets en cours sont une aubaine pour l’économie du pays. Ces projets concernent les mines de Trekkopje, du projet Valencia, de Rossing South, etc. La mine de Trekkopje – dont les réserves sont évaluées à 45 500 tU, minerai à 0,011 % - devrait entrer en exploitation en 2011, pour une durée de 12 ans. Elle sera opérée par Areva Resources Namibia, filiale opérationnelle en Namibie d’Areva Resources Southern Africa, qui qualifie son projet de «plus important investissement étranger direct jamais réalisé en Namibie ». L’ensemble comprendra une station de dessalement d’eau de mer d’une capacité de 20 millions de m3 d’eau potable/an, destinée à couvrir la totalité des besoins en eau de cette mine, située dans le désert, à 80 km au nord-est de Swakopmund, près de la mine de Rossing. Areva est également entrée à 10,6 % (rachetés à Polo Resources PLC) dans le projet Marenica (70 km au nord de Trekkopje, dont l’opérateur principal est Marenica Energy (ex West Australian Metals). L’année suivante, en 2012, on devrait assister à l’entrée en exploitation du projet Valencia, dont la licence minière a été accordée en août 2008 à Valencia Uranium, filiale du canadien Forsys. La production prévue au démarrage est de 1 350 tU/an, qui devrait rapidement monter à 2 200 tU. Le projet Rossing South est l’une des meilleures nouvelles récentes en termes de production d’uranium. L’opérateur australien Extract Resources vient enfin d’annoncer un calendrier. L’étude de faisabilité a été bouclée en juin 2010, et l’exploitation de ce gisement exceptionnel pourrait démarrer fin 2013, sous la direction de Swakop Uranium, filiale d’Extract Resources. La production annuelle a été estimée à 14 millions de livres d’oxyde d’uranium (5 700 tU) et le montant total de l’investissement, d’abord évalué à 700 millions de dollars US, vient d’être révisé à 1 milliard de dollars US. Si ce projet tient ses promesses, l’opérateur australien pourrait entrer dans le top-5 mondial des producteurs.
Et, ce n’est pas tout
Un autre opérateur australien mène à 80% le dernier projet, Etango (ex-Goanikontes). En août 2009, Bannerman Resources avait annoncé des réserves prouvées de 41 500 tU et probables de 20 000 tU, à une teneur de 0,02 % dans cette zone située à 30 km au sud-ouest de Rossing. Bannerman a pour objectif une production comprise entre 5 et 7 millions de livres d’oxyde d’uranium par an (2 035 à 2 850 tU) pendant 16 ans à partir de 2013. Le coût total de l’investissement est d’environ 555 millions de dollars US. L’étude de faisabilité est encore en cours. Rossing est la principale mine en exploitation (opérée par Rossing Uranium Ltd - 68,6 % Rio Tinto, 15 % Iran, 10 % Industrial Development Corporation of South Africa, 3% gouvernement namibien). Elle exporte vers l’Europe centrale, l’Amérique du Nord et l’Asie, dont la Chine. Sa production 2009 était de 3 519 tU (2008 : 3 449 tU), ce qui en fait la troisième mine d’uranium mondiale. La seconde mine d’envergure en exploitation est celle de Langer Heinrich, située à 50 km au sud-est de Rossing. Elle a été rachetée à Acclaim Uranium (désormais Aztec Resources) par Paladin Resources (devenue entre temps Paladin Energy) en 2002. Exploitée depuis fin 2006, elle a produit l’année dernière 1 108 tU, en progression par rapport à 2008 (919 tU). Un réinvestissement de 100 millions de dollars US devrait porter cette capacité à 2 000 tU à partir de cette année, l’objectif 2014 étant fixé à 3 500 tU annuelles.
Des milliers d’emplois créés
Ces projets devraient conjointement créer 8 000 emplois au cours des cinq prochaines années, selon la Chambre des mines et le ministère des Mines. Quatrième producteur mondial d’uranium, la Namibie est, aux côtés du Niger et du Kazakhstan, un acteur qui monte sur cette ressource. Au Niger, le groupe Areva, le géant français du nucléaire contribue au développement socio-économique du pays. Ainsi, pour les cinq prochaines années, le groupe s'engage financièrement à hauteur de 6 millions d’euros par an à entreprendre des actions dans les domaines de la santé, de l’éducation, des transports et de l’accès à l’eau et à l’énergie des populations locales. La ruée vers l’uranium entraîne actuellement dans son sillage une «horde d’investisseurs». Ce commentaire de la presse canadienne faisait écho aux ambitions nucléaires civiles récemment dévoilées par les grands pays émergents. On savait déjà que le programme nucléaire civil chinois était très gourmand, avec des objectifs de 40 gigawatts, voire 70, d’ici à 2020, contre 9 à la fin de 2008. La Chine exploite aujourd’hui onze réacteurs. Dix-sept sont en construction et cent vingt-quatre en projet. D’après l’Association nucléaire mondiale, la Chine sera le deuxième pays consommateur d’uranium en 2030, derrière les États-Unis. À condition de trouver le précieux «carburant», environ 20 000 tonnes annuelles, pour nourrir ses centrales. À ce stade, personne ne connaît l’étendue des réserves chinoises. On sait en revanche les appétits de ses compagnies d’énergie, China Guangdong Nuclear Power Corp. (CGNPC) ou la Compagnie nucléaire nationale chinoise (CNNC), qui chassent l’uranium, comme tout le monde ou presque, tous azimuts : Kazakhstan, Ouzbekistan, Australie, Mongolie, Namibie, Niger… Les toutes nouvelles déclarations de l’Inde, qui a annoncé de son côté vouloir se doter d’une capacité énergétique nucléaire de 40 gigawatts d’ici à 2035, pèsent aussi très lourd sur le secteur. New Delhi a d’ores et déjà signé des accords avec le troisième producteur minier mondial d’uranium, le groupe français Areva, mais aussi la compagnie russe Rosatom, ainsi qu’avec plusieurs pays, notamment les pays africains riches en uranium… Partout sur le continent, les industriels actionnent leurs réseaux pour emporter les meilleures concessions, négocier les gisements les plus prometteurs… D’où cet intérêt renouvelé et décuplé, pour l’uranium africain, les batailles d’influence qui entourent les contrats et leurs clauses parfois secrètes, les jets privés qui transportent, plus ou moins discrètement, les personnalités hautes en couleur du secteur… En vedette, la patronne d’Areva, Anne Lauvergeon, surnommée «Atomic Anne», dont on a rapporté l’accord unique – d’aucuns ont dit néocolonialiste – signé au mois de mars 2009 avec la RD Congo, selon lequel le géant français aurait le droit de prospecter sur tout le territoire. Effet d’annonce ? « L’information n’était pas tout à fait exacte. Il ne s’agit que d’un protocole d’accord signé avec Gécamines. Le champ d’action de cette compagnie d’État ne concerne qu’une partie du territoire », fait remarquer l’un des bons connaisseurs de l’uranium africain, Richard Ondoko, actionnaire majoritaire d’Uranio AG. Au mois d’août 2009, Areva a tenté de récupérer ses quatre concessions, les plus prometteuses, du site de Bakouma, en République centrafricaine. Sans succès. Il commente aujourd’hui : « Deux courants s’affrontent en interne au sein d’Areva. Le courant des réformateurs, mené par sa présidente, Anne Lauvergeon, qui “pense business”. Et celui des conservateurs, représentant de cette vieille Françafrique qui continue à croire qu’on fait des affaires en poussant des boutons politiques, en multipliant les pressions… » Selon lui, c’est Areva qui doit fournir aujourd’hui des comptes au gouvernement centrafricain en raison des retards du groupe sur son programme contractuel. «On voit freiner Areva des deux pieds sur ce dossier car, pour eux, les conditions du marché ne sont pas réunies», estime-t-il. N’empêche, le précieux sésame africain profite à tous, africains comme non africains.