Article publié le 2011-03-09 par Innocent Traoré Dossier
Richesses minières / L’Afrique et les multinationales du pétrole - Le jeu en vaut la chandelle [02/2011]
Station essence à Kampala, Ouganda © Hanna

Les multinationales du pétrole ont investi l’Afrique depuis la première découverte de l’or noir sur le continent. Ses capacités, jugées dérisoires à l’époque, le continent est courtisé tant par les magnats du pétrole dans le monde qu’à l’intérieur du « Berceau de l’humanité ». Des milliards investis.

Les multinationales du pétrole sont présentes en Afrique. Exxon Mobil Corporation, Chevron Texaco Corporation, Amerada Hess, Marathon ou Ocean Energy, aux Etats-Unis; Total et Shell en France, sont les plus connues sur le continent. Avec la libéralisation du secteur et le désir de certains Etats d’être les maîtres de leur pétrole, aujourd’hui, ont apparu Oil Lybia (Lybie), Pétrofa (Burkina Faso), qui ne sont pas des multinationales comparées à celles précitées, font aussi le commerce de l’or noir dans des pays africains. Dans le monde, les Etats- Unis sont les premiers plus gros importateurs du pétrole africain juste devant la Chine. En effet, deuxième consommateur de pétrole après les Etats-Unis, la Chine courtise les pays producteurs d’Afrique qui fournissent 10 % du brut mondial. Au cours d’un voyage officiel sur le continent africain, le Président chinois, Hu Jintao, s’est rendu au Nigeria où déjà 2,3 milliards de dollars ont été investis dans un champ pétrolier offshore. Après le Soudan, l’Angola, le Congo Brazzaville, le Gabon, le Nigeria et l’Algérie, Pékin prospecte désormais au Mali, en Mauritanie et au Niger. Ces pays ont montré des traces de l’or noir depuis un certain temps; seuls ceux qui risquent l’aventure de la prospection verront leurs efforts couronnés de succès.

Enjeu géopolitique et stratégique, l’ Afrique est située au coeur des enjeux pétroliers des géants du monde bien avant le 11 septembre 2001. Pour les pétroliers américains (tant les deux géants Exxon-Mobil Corporation et Chevron- Texaco Corporation que les plus discrets Amerada Hess, Marathon ou Ocean Energy) qui devraient y investir en 2003 plus de 10 milliards de dollars, l’Afrique pétrolière était clairement devenue une priorité géopolitique bien avant le 11 septembre 2001. Dès mars 2000, ceux-ci l’ont fait savoir au sous-comité Afrique de la Chambre des représentants lors d’une réunion consacrée aux potentiels énergétiques de l’Afrique. En Guinée-Equatoriale, ce « Koweït de l’Afrique », dont le produit intérieur brut (PIB) a crû de 70 % en 2001 et qui disposerait de réserves estimées à 2 milliards de barils de pétrole, les Etats-Unis ont ré ouvert un consulat (fermé sous l’administration de M. William Clinton, pour des raisons budgétaires) ainsi qu’ une ambassade. Ils se sont même engagés à rayer cet Etat de la liste des 14 pays africains mal notés en matière de droits de la personne.

Fini le « pétrole contre nourriture »

Le programme « pétrole contre nourriture » (food against oil en anglais) lancé par les USA au temps fort de la crise dans certains pays producteurs de pétrole (surtout l’Iran) semble avoir fait son deuil. Avec l’apparition de la concurrence chinoise dans les importations du pétrole africain, les Etats-Unis semblent avoir changé leur fusil d’épaule. Alors que l’Angola est limité dans ses échanges commerciaux par la Banque Mondiale qui souhaite que le pays affiche plus de transparence sur ses revenus tirés des hydrocarbures, la Chine met à la disposition de Luanda 2 milliards de dollars sur 17 ans avec un taux d’intérêt privilégié, en échange de 10 000 barils par jour ! Et le pragmatisme chinois porte ses fruits. En 2005, le géant d’Asie supplante les Etats-Unis et devient le premier importateur de pétrole angolais. Et le pays lusophone est aussi devenu, en 2006, le premier fournisseur de la Chine avec 456 000 barils par jour. Autre sujet de discorde entre la communauté internationale et Pékin : le Soudan. En 2004, face au Conseil de sécurité de l’Onu qui menace Khartoum de sanctions sur sa production pétrolière, la Chine brandit une menace de veto et s’abstient, en septembre, de voter l’embargo sur les armes. Malgré les accusations portées par le gouvernement américain à l’encontre du régime soudanais sur le déplacement de milliers de civils des zones pétrolières, la Chine opte pour la protection d’un pays, fournisseur de 7 % de ses importations de brut. Aujourd’hui, 13 des 15 plus importantes sociétés étrangères au Soudan sont chinoises. Selon des experts, la China National Petroleum Corporation a investi 3 milliards de dollars dans le plus important projet chinois à l’étranger avec la mise en route du champ pétrolier de Muglad (500 000 barils par jour), d’une raffinerie (capacité : 2,5 millions de tonnes par an) et d’un oléoduc long de 1 500 kilomètres pour l’exportation de brut à partir d’un terminal sur la Mer Rouge. Par ce jeu, d’aucuns penseraient que l’Afrique est pillée par les multinationales. Loin s’en faut. Puisque les multinationales achètent et investissent dans le pétrole africain, le pillage n’est plus à l’ordre du jour. En outre, des pays tels que la Lybie, l’Afrique du Sud ont aussi leurs multinationales qui se battent aux côtés des géants occidentaux pour promouvoir la voix de l’Afrique dans le concert du commerce internationale. Alors, qui dit mieux ?